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Vive la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets ! Les déchets nucléaires aussi ?



Vive la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets ! Les déchets nucléaires aussi ?
La 2nde Semaine Européenne de la Réduction des Déchets (SERD) (1) bat son plein : après le succès de la 1ère édition en 2009, cette seconde cuvée s’annonce encore meilleure. Organisée en France par le Ministère de l’Écologie et l’ADEME, la SERD invite associations, entreprises, administrations, écoles et particuliers à se mobiliser également à travers toute la France comme toute l’Europe pour réduire leurs déchets. L’enjeu est primordial : la production d’ordures ménagères a doublé en 40 ans et chaque Français produit plus d’1 kg d’ordures ménagères chaque jour !

La gestion des déchets est un enjeu majeur tant sur le plan économique (augmentation des coûts de gestion des déchets) que sur le plan environnemental (gaspillage des matières premières, risque d’insuffisance d’exutoires de traitement à moyen terme). Le Grenelle Environnement en avait fait une priorité et fixé des objectifs très clairs : diminuer la production d’ordures ménagères et assimilées de 7 % par habitant pendant 5 ans, soit une diminution de plus de 5 kg par an et par habitant.

L’ancien Ministre du développement durable, Jean-Louis Borloo déclarait, en ouvrant la 1ère SERD l’an dernier : "La prévention des déchets, c’est l’un des chantiers clefs du Grenelle, à côté de la rénovation thermique, de l’efficacité énergétique avec au fond, toujours cette même idée sous-jacente : comment faire aussi bien en terme de qualité et de confort avec moins de matières premières ?".

Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas!

En 2009, 1313 actions avaient été réalisées sur le territoire français. En 2010, 1960 actions sont labellisées (2) dans le cadre de la campagne nationale « réduisons nos déchets » dont 40 en Champagne Ardenne (3) .

Distributeurs, associations, collectivités locales, écoles, entreprises se mobilisent en Champagne Ardenne pour promouvoir le changement de comportements, de modes de consommation et de production qui sont au cœur de l’enjeu. Le slogan mis en avant par l’entreprise Johnson & Johnson (Sézanne) résume à merveille l’ambition de tous les acteurs : « Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas! ». Le programme précise l’action proposer par l’entreprise tout au long de la semaine : « Trouver ensemble des solutions pour générer le moins de déchets possible au travail et à la maison.
Clés sur le réemploi de certains produits (compost, 2ème vie d’un matériel...). »

Pour l’édition 2011, il faudra que la Région s’implique davantage aux côtés des acteurs mobilisés ou qui souhaiteront le faire. Le groupe des élus écologistes est évidemment prêt à contribuer à cette implication accrue.

Mais, en reprenant l’excellent slogan de Johnson & Johnson comme fil rouge à une relecture du programme de la semaine en Région Champagne Ardenne, force est de constater l’absence d’acteurs, pourtant généralement empressés lorsqu’il est question de campagnes publiques sur une thématique liée au développement durable ou à l’environnement : la principale entreprise productrice d’électricité dans notre pays, EDF, et l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).

EDF, exploitant d’un parc de 58 réacteurs nucléaires répartis en 19 centrales, est directement concerné par la question de la gestion des déchets liés au cycle du combustible nucléaire, et par celle des déchets liés au démantèlement des réacteurs parvenus en fin de vie. L’Andra ne produit pas de déchets, à ce titre elle est bien moins concernée qu’EDF par la problématique de cette Semaine européenne de la réduction des déchets.

Que lit-on sur le site web de la campagne à propos des entreprises (4) ? Un message limpide : « La prévention des déchets, ou réduction de la production, consiste à agir avant que les déchets ne soient produits. Elle agit directement sur le coût complet des déchets car elle influe à la fois sur les coûts de production et de gestion des déchets. En concevant, en fabriquant et en distribuant autrement, une entreprise peut diminuer en moyenne sa production de déchets de 10 % et la facture de son prestataire pour l'enlèvement et le traitement des déchets de 14 %. »
En suivant le lien proposé vers la plaquette « la réduction des déchets en entreprise » que lit-on, sur le site de l’ADEME cette fois :
« La prévention des déchets consiste à agir avant que les déchets soient produits. Elle vise à :
éviter de produire un déchet,
réduire la dangerosité des déchets produits,
améliorer la facilité de traitement des déchets (en adoptant par exemple une démarche d’éco-conception).
La réduction des déchets en entreprise : ça marche, ça rapporte, ça profite à tous ! »

L’écologie industrielle ou le réusage des déchets

C’est un véritable changement de modèle de production qui est ici proposé, celui porté, de longue date par l’écologie industrielle. Il s’agit ni plus ni moins de reconcevoir nos processus productifs en copiant la nature. Fonctionner comme la nature c’est réutiliser systématiquement tout ce qui est produit. Concrètement, l’objectif est qu’il n’y ait plus de déchets, ou plutôt plus de production de déchets, puisque un déchet est une ressource réutilisable pour et à travers un autre processus de production.
Certes, s’il est aisé d’énoncer un tel principe, sa mise en œuvre est très difficile. En effet le passage à cette nouvelle économie productive est très couteux en termes de coûts de transaction. Pour assurer le réusage des sous produits d’un processus de production, il importe non seulement d’avoir imaginé ce que pouvait être ce réusage, mais au-delà de cet effort de conception, d’innovation, il faut faire savoir « que ça existe, dans quelle quantité, à quel prix ». Il y a là un travail complexe de construction d’infrastructures immatérielles, pour permettre la fluidité nécessaire à un réusage généralisé. Il s’agit de construire de nouveaux « marchés », ou de nouvelles « places de marché ».
Faire en sorte que des déchets deviennent des sous produits réutilisables suppose une qualité de produit et une précision des informations sans lesquels il ne serait pas possible de mettre en place les processus de production permettant la généralisation de la réutilisation.
Ce changement d’ampleur est engagé. C’est l’un des volets de la transformation écologique de l’économie … et de la société.
Cette Semaine européenne de la réduction des déchets, et la campagne nationale française, y contribuent.

Aucune solution pour le traitement des déchets nucléaires

Force est de constater que le secteur électro nucléaire est hors du coup dans cette dynamique. Pour prendre la mesure du décalage il suffit d’introduire l’épithète nucléaire après le mot déchet dans les phrases citées plus haut.
Depuis quarante années que l’électricité française est essentiellement produite par des réacteurs nucléaires, la seule réponse opérationnelle des décideurs du secteur électro nucléaire c’est le stockage en couche géologique profonde des déchets à haute et moyenne activité et à vie longue.
Depuis quarante années, le secteur électro nucléaire échoue à trouver une possibilité de ré usage des déchets issus du cycle de combustible nucléaire.
Le temps de développement de la première pile nucléaire avait, lui, été très rapide : le 2 décembre 1942, après seulement un an et demi d’expérimentations dont quelques tentatives infructueuses, le physicien Enrico Fermi et son équipe réussissent à faire fonctionner la première pile atomique.

Cette Semaine européenne de la réduction des déchets met en évidence ce constat. L’industrie électro nucléaire est une industrie du passé : elle n’est pas en mesure de s’adapter à la nouvelle donne de la nécessaire transformation écologique de notre économie et de notre société.

La seule issue est donc une sortie du nucléaire, comme Eva Joly invitée mercredi 10 novembre dernier de Bourdin Direct sur RMC : jugeant qu'il n'y avait aujourd'hui « aucune solution pour le traitement des déchets » elle demandait « la sortie du nucléaire » .

Dans quelques semaines, le Conseil Régional de Champagne Ardenne sera amené à prononcer un avis sur la « demande de renouvellement de l’autorisation d’exploiter le laboratoire de Bure par l’Andra ». Il sera alors essentiel de se rappeller que le secteur électro nucléaire n’a pas de solution de traitement des déchets, qu’il n’est pas en mesure « d’éviter d’en produire » ou de « réduire la dangerosité des déchets qu’il produit ».


Vendredi 26 Novembre 2010



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