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Sortir du « tout nucléaire » ou sortir du nucléaire : le PS et ses candidats à la présidentielle vont devoir trancher !



Sortir du « tout nucléaire » ou sortir du nucléaire : le PS et ses candidats à la présidentielle vont devoir trancher !
Lundi 21 mars au Grand Journal de Canal +, Martine Aubry énonce distinctement qu’il faut, selon elle aller vers une « sortie du nucléaire en 20 ou 30 ans ». Pour la 1ère fois un/e Premier/e Secrétaire du PS prend clairement une position que d’autres dirigeants socialistes ont déjà adoptée de longue date dans d’autres pays d’Europe. Au lendemain du 1er tour des cantonales Martine Aubry a évidemment en tête les reports de voix des électeurs écologistes du 1er tour vers les candidats socialistes au 2nd. Elle a sans doute aussi en tête la trentaine de duels socialistes / écologistes qui se dérouleront le dimanche suivant. Mais au-delà de ces préoccupations de court terme, se profile évidemment l’échéance présidentielle de 2012, les législatives qui suivront, et, en cas de succès de la gauche et des écologistes la mise en œuvre d’un contrat de gouvernement. En outre, pour Martine Aubry il y a bien un avant et un après Fukushima. Elle annonce un dégel des positions du PS sur la question de l’énergie.

Immédiatement des questions précises viennent en tête : le PS proposera t il l’annulation du projet d’EPR sur Penly, l’interruption de la construction de l’EPR de Flamanville ? Le projet socialiste attendu pour le 5 avril reprendra t il la formule de Martine Aubry ? Ce serait une preuve tangible de la rupture en cours. Las, avec l’annonce des propositions structurantes du nouveau projet du PS, la rue de Solférino revient à cette formule emblématique des synthèses molles et attrape tout dont l’appareil socialiste à le secret : plutôt que de « sortir du nucléaire en 20 ou 30 ans », il est question de « sortir du tout nucléaire en 30 à 40 ans ».

Le mouvement de balancier n’est pas surprenant : l’élite du PS, à l’image des dirigeants de ce pays depuis les débuts de la 5ème République est « évidemment » pro nucléaire. Ce n’est pas le cas de la base du PS et encore moins de ses sympathisants, qui sont plus en phase avec la société française et doutent, depuis Tchernobyl, des vertus du nucléaire serinées par le lobby électro nucléaire. Avec Fukushima le mythe du progrès infini est profondément secoué et la perception des risques pour aujourd’hui et pour demain associés au nucléaire libère la parole au sein du PS. La 1ère secrétaire a ouvert la porte. Mais les relais du lobby électro nucléaire au sein des groupes parlementaires socialistes et auprès de ses principaux leaders ont visiblement pesé très vite pour que l’appareil du Parti revienne à cette fausse synthèse qu’est la « sortie du tout nucléaire ». Celle-ci apparaît aujourd’hui sous une lumière crue : apparente concession à l’idée qu’il faut engager la transition énergétique elle n’en reste pas moins synonyme du maintien d’une part essentielle de nucléaire dans le mix énergétique français. D’ailleurs elle rejoint curieusement la position exprimée par Mme Koscisuko Morizet ce lundi 4 avril au matin sur France Inter : pour la Ministre de l’Ecologie (sic), il n’est pas possible de se passer du nucléaire pour produire la base d’électricité nécessaire dans notre pays.

Le trouble se répand dans les rangs socialistes : l’idée fait son chemin que seule la sortie programmée du nucléaire permettra la transition énergétique dont notre pays, notre société, notre avenir ont besoin. Au-delà du PS lui-même, les candidats socialistes à la primaire présidentielle vont devoir trancher. DSK est connu pour ses positions pro nucléaires de longue date, et il ne semble pas avoir infléchi sa position. François Hollande est l’inventeur de la fausse synthèse évoquée ci-dessus. Arnaud Montebourg, qui affirmait des positions pro nucléaires, vient d’évoquer (sur France 2) qu’une « sortie du nucléaire maîtrisée, c’est possible ». Ségolène Royal reste silencieuse. Martine Aubry est, aujourd’hui, allée le plus loin, le plus clairement. S’il est peu probable que le projet du PS lève l’ambigüité, le débat des primaires pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle devra mettre les pendules à l’heure, sous le regard engagé des écologistes.

Eric Loiselet,

Conseiller régional de Champagne Ardennes, Vice président de la Fédération des Elus Verts et Ecologistes

Ancien secrétaire national adjoint à l’environnement du PS après le Congrès de Reims, ayant rejoint Europe Ecologie à l’automne 2009


Mercredi 6 Avril 2011



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