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Le BAC en question : Une transformation écologique du baccalauréat ?



Le BAC en question : Une transformation écologique du baccalauréat ?
La fuite intervenue lundi sur internet concernant le 1er exercice de l’épreuve de mathématiques du Bac S concerne plus de 160 000 lycéens confrontés au rituel le plus important de leur adolescence. Le Ministre Luc Chatel a annoncé hier que l’épreuve ne serait pas annulée. Il aurait été plus juste de la faire repasser à tous les élèves de Terminale S, le principe d’égalité de traitement entre tous les candidats ayant été manifestement mis en cause. Mais cette solution est lourde, chère, compliquée à mettre en œuvre. Les lycéens concernés, leurs familles, les professeurs mobilisés pour la correction de l’épreuve vont donc, malgré leur insatisfaction compréhensible, devoir accepter la solution proposée par le Ministre : une notation sur 16, excluant les 4 points associés au 1er exercice.

Ce matin, de nouvelles rumeurs font état de fuites possibles aux épreuves d'anglais et de physique du même Bac S.

Ajoutée aux difficultés concernant la correction de plusieurs milliers de copies de philosophie en Ile de France, cette fuite entache de toute évidence l’organisation du Baccalauréat, épreuve reine de notre Education Nationale, rituel le plus important, et de loin, des adolescents d’aujourd’hui. Le Baccalauréat craque, son organisation atteint de toute évidence un point de rupture.

Inchangée depuis des décennies, massifiée depuis l’extension du champ du Baccalauréat, cette organisation ne saurait résister à l’essor des technologies de l’information et de la communication. Les procédures du Bac, et le nécessaire secret qui les accompagne, sont sur le point d’être submergées. Devant les signes avant coureur d’une débâcle (au sens glaciaire du terme) il nous faut remettre le Bac en question, et cela non seulement au plan de son organisation, mais aussi, l’un ne va pas sans l’autre, au plan de ses finalités.

Repenser ce nécessaire rituel de passage


Les épreuves du Baccalauréat d’aujourd’hui, comme hier, et avant-hier, normalisées, identiques pour tous, faites en temps limité, sans recours au travail sur documents font appel avant tout à la mémorisation et la rapidité. Elles font appel à des savoir faire qui ne sont plus ceux dont nous avons besoin dans la vie réelle où nous travaillons sur documents et où notre créativité est sollicitée en permanence. Certaines épreuves des Bac Pro, de création récente, se révèlent plus adaptées à la fois à la vie réelle et aux conditions d’équité entre candidats : quand on usine une pièce, il n’y a pas ni fuites, ni triche possibles.

En outre, le système de vase communicant entre épreuves, ou un 12 en maths compense un 8 en français, laisse toujours pantois les observateurs hors de notre pays.

Ce grand rituel de passage, étendu à une large majorité d’une classe d’âge, conserve toute sa raison d’être : notre société, où les rituels sociaux se sont raréfiés, sa cohésion, en ont le plus grand besoin. Pour autant, s’il faut maintenir cet examen, il importe de le repenser en profondeur. Il y aura là un puissant levier de réforme du secondaire, un levier bien plus efficace que les tentatives de réforme engagées par chaque Ministre de l’Education.

Un Bac par unités capitalisables


Philippe Meirieu ouvrait ce matin sur France Info, une piste stimulante en proposant d’imaginer un Bac par unités capitalisables, tout au long des années « lycée ». Pour lui, il ne s’agit pas de s’en remettre au contrôle continu, avec les craintes qu’il peut susciter chez les élèves, mais bien d’envisager des épreuves par matière, que les élèves passeraient quand ils seraient prêts, où le travail sur documents serait possible et même systématisé et où il serait fait appel à leur intelligence et leur créativité.

Cette profonde transformation, cette régénération d’un indispensable rituel social, permettrait de résorber la fracture aujourd’hui de plus en plus béante entre la vie réelle et ce qui se passe dans les salles de classe. Elle serait de nature à combattre les inégalités sociales et culturelles criantes qui marquent aujourd’hui notre système éducatif, notre « système de reproduction » sociale. Enfin elle pourrait se révéler comme un formidable creuset de réconciliation de la jeunesse et de la société, celle-ci faisant clairement appel à la créativité de la première.

Une transformation écologique du baccalauréat ?

Jeudi 23 Juin 2011



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