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La Grande Peur Electrique



La Grande Peur Electrique
Vendredi 30 octobre RTE (Réseau de Transport d’Electricité) lance un pavé dans la mare et rompt avec le mythe de l’indépendance énergétique (ou plutôt électrique) de la France sur lequel se fonde depuis le 1er choc pétrolier l’apparent consensus national en matière de politique énergétique.

Selon RTE, la France va devoir importer de grandes quantités d’électricité cet hiver pour satisfaire la hausse de sa consommation. RTE estime même que la France va devoir importer 4.000 mégawatts (MW) “durant plusieurs semaines de novembre 2009 à janvier 2010″, selon l’étude publiée vendredi.

Cette forte dépendance de la France vis-à-vis de l’étranger pour ses besoins en électricité s’explique par le fait que la disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver “est en très net retrait par rapport à l’hiver dernier sur les mois de novembre à janvier”, explique l’étude (accessible ici

RTE écrit : « sur la base des éléments transmis par les producteurs fin octobre 2009, la disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver est en très net retrait par rapport à l’hiver dernier sur les mois de novembre à janvier. L’arrivée de nouvelles centrales (principalement éoliennes et thermiques à flamme) ne compense pas la baisse conjoncturelle très prononcée de la disponibilité du parc de production français. »

Et conclut : « Pour maîtriser efficacement et durablement la consommation d’électricité, y compris instantanée, RTE encourage les comportements actifs et réguliers dans le temps par des gestes simples comme éteindre la lumière dans les pièces inoccupées, les appareils en veille, user avec raison du chauffage électrique et des appareils électroménagers, etc. »

Le 12 novembre, EDF fait savoir que quinze réacteurs nucléaires sur les 58 que compte le parc français étaient à l’arrêt mardi 10 novembre contre 10 en 2008 à la même date. Cette baisse du taux de disponibilité du parc nucléaire français est dû à des grèves qui ont retardé les opérations de maintenance et à des incidents techniques provoquant des arrêts de réacteurs.

La perspective d’un hiver, qui, en cas de températures exceptionnellement froides, connaitrait des « délestages » (des coupures de courant) affectant les ménages n’est pas réjouissante. Elle n’est pas due à la dérégulation et à la libéralisation outrancière du système de production et de distribution électrique, comme on a pu le voir aux Etats-Unis il y a quelques années. Cette situation, du côté de la demande d’électricité s’explique par le suréquipement en chauffage électrique et la faiblesse (le retard ?) de l’isolation thermique du bâti dans notre pays.

La monoculture du « tout électrique nucléaire » trouve ici sa limite. L’insouciance collective encouragée par les productivistes de tout poils bute sur le réel : il n’y pas de miracle, c’est-à-dire pas d’énergie accessible indéfiniment pour satisfaire des besoins toujours croissants.

D’aucuns, face à cette situation anxiogène pousseront à une nouvelle fuite en avant : la construction rapide de nouveaux réacteurs, les EPR ! Funeste perspective, alors même que le chantier de l’EPR finlandais n’en finit pas de dériver, que les autorités de sureté de plusieurs pays pointent les limites des systèmes de gestion de ces réacteurs et que le chantier de Flamanville connaît de nouveaux ratés.

Il est temps de changer de trajectoire, vraiment, en engageant enfin une politique énergétique sur deux axes :

1) la baisse drastique de la consommation électrique en s’attaquant, non seulement à l’éclairage, mais enfin à la performance énergétique du bâti existant ;

2) La diversification accélérée du mix énergétique français en accélérant vraiment le développement des énergies renouvelables.

Au moment où RTE annonce un « risque de rupture d’approvisionnement en électricité » qui pourrait être élevé en cas de froid intense et durable, l’Espagne faisait savoir que le 11 novembre « plus de la moitié de l’électricité du pays a été produite par les éoliennes pendant plus de 5 heures ». (voir ici : http://www.vedura.fr/actualite/5995-moitie-electricite-espagnole-produite-eoliennes)

Curieux renversement de perspective pour la « patrie de l’indépendance énergétique ». Pendant que la France se cachait derrière sa ligne Maginot électronucléaire, d’autre pays s’engageaient, sans bruit, sur la voie de l’autonomie énergétique, réelle.

Il est (encore) temps de s’y mettre.

Vendredi 13 Novembre 2009



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