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Futurol : je salue l’œuvre des chercheurs mais je m’interroge sur la phase industrielle annoncée

Mardi 11 octobre le premier pilote français de production de bioéthanol de deuxième génération a été inauguré à Pomacle (Marne). Il s’agit de la première étape du projet Futurol qui vise maintenant une nouvelle étape : la construction d’un site prototype industriel sur un site du groupe sucrier TERREOS en 2015 ou 2016 avant, ensuite d’aller vers la création d’unités de taille industrielles, envisagées à horizon 2020. Le reportage de France 3 Champagne Ardenne sur l’inauguration du site du projet Futurol à Pomacle, publié le 11 octobre me confie le rôle du contrepoint au discours des représentants de Futurol. Comme la durée, le format et le montage du reportage ne permettent pas de longs développements (c’est la loi du genre) ce blog me permet de livrer quelques réflexions.



Futurol : je salue l’œuvre des chercheurs mais je m’interroge sur la phase industrielle annoncée
Je souhaite tout d’abord saluer la prouesse des chercheurs. Avec ce pilote ils apportent une réponse à l’objection majeure qui frappait les agro carburants de 1ère génération : ces derniers, en mobilisant des matières premières agricoles à vocation alimentaire (céréales, betteraves, canne à sucre), entraînaient un conflit d’usage majeur entre alimentation et énergie. La vocation de l’agriculture est de nourrir les hommes. L’usage des surfaces agricoles doit donc être préservé pour assurer la satisfaction des besoins alimentaires de nos sociétés. J’ai coutume de dire que le meilleur usage des céréales comme « carburant » se trouve dans la tartine de pain ou le bol de céréales du petit déjeuner, et surtout pas dans le moteur de nos véhicules !

Les travaux des équipes de chercheurs du projet Futurol montrent qu’il est possible de fabriquer du « bioéthanol de 2ème génération » à partir de résidus agricoles ou forestiers. Bravo les chercheurs !

Au-delà du satisfecit, des questions demeurent.

La première série de questions porte sur la ressource mobilisée pour produire ce bioéthanol de 2ème génération :
- Les résidus agricoles ou forestiers, dans la perspective de la future étape industrielle, qui supposera d’importants volumes, ne risquent ils pas de manquer à d’autres usages possibles : chaufferies bois, unité de production de méthane, fabrication de compost en substitution à l’usage d’engrais chimiques, etc ?
- Les responsables de Futurol évoquent des cultures énergétiques dédiées. N’y a-t-il pas là un risque que le conflit d’usage évoqué plus haut entre alimentation et énergie évacué par la porte ne revienne par la fenêtre ?

La seconde série de questions porte sur la place du bioéthanol dans le mix énergétique de demain. En d’autres termes : avons-nous besoin d’engager la phase industrielle ? La nouvelle version du Scénario Négawatt dans son volet « mobilité durable individuelle » évoque une perspective qui n’intègre pas d’agro carburants. Pour Négawatt, la satisfaction du besoin de mobilité à l’aide de véhicules automobiles s’envisage de manière différenciée selon l’usage :
- les déplacements de courte distance et de courte durée en centre ville, qui ne serait pas effectués en transport en commun ou en vélo, peuvent recourir à des véhicules légers, de petite taille, dont la vitesse est réduite, à propulsion électrique ;
- les déplacements inter cités pourraient s’effectuer à l’aide de véhicules hybrides, dont la technologie est connue, mais dont la motorisation peut être encore améliorée.
Dès lors, le recours aux agro carburants ne relèverait pas d’une urgente nécessité. Ce qui pose la question du débouché de la production attendue des sites industriels qui constituent l’étape ultime du projet Futurol. Cette question se pose avec acuité dans la mesure où le modèle économique des agrocarburants de 2ème génération n’est pas encore trouvé et que le passage au stade industriel ne se fera pas sans apport de fonds publics. Avons-nous intérêt ou non à prévoir de consacrer un effort financier collectif à cette filière industrielle émergente ? Il est si facile de se laisser entrainer vers de nouveaux lendemains qui chantent.

Le temps de la concertation est venu : les industriels sauront ils y consentir ?

Au-delà reste la question de la démarche : le passage à la phase industrielle du projet Futurol n’est pas anodin. Sa décision ne peut reposer exclusivement sur la volonté de l’industriel, des actionnaires ou des partenaires (fussent-ils des organismes publics). En matière d’énergie, comme dans tant d’autres, le temps est à la démocratie. Ce qui suppose la mise à disposition des informations, de toutes les informations, à la concertation, à la délibération, puis à la décision. Ce temps est venu pour ce qui concerne l’avenir de Futurol et sa contribution éventuelle à la satisfaction future d’une partie des besoins en énergie de notre société.

Les porteurs du projet Futurol mettent en avant leur engagement en faveur du développement durable. Le développement durable comporte une composante concertation, soulignée par laz Convention d’Aarhus, dont notre pays est signataire. Certains des partenaires du projet, je pense aux coopératives agricoles impliquées, mettent en avant les valeurs propres au monde coopératif, au premier rang desquelles l’élaboration démocratique des décisions.

Les uns et les autres sont au pied du mur : sauront-ils prendre le risque du débat public, de la concertation ? Si tel était le cas, de nombreux élus, de nombreux citoyens seront au rendez vous, en toute responsabilité.

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Le reportage de France 3 Champagne Ardenne sur l’inauguration du site du projet Futurol à Pomacle, publié le 11 octobre

Liste des onze partenaires du projet Futurol : Agro industrie Recherches et Développements (ARD), la Confédération Générale des Betteraviers (CGB), Champagne Céréales, le Crédit Agricole du Nord-Est, IFP Energies Nouvelles, l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Lesaffre, l'Office National des Forêts (ONF), Tereos, Total et Unigrains.
Le site du projet Futurol

Samedi 15 Octobre 2011



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